Des taux d’intérêts bas maintenus par les banques centrales

La crise financière, qui a débuté avec la crise des subprimes en 2007, a mis à l’épreuve le système financier américain, puis mondial. Pour y faire face, la banque centrale américaine (Fed) a mis en œuvre une politique monétaire non conventionnelle dès la fin de l’année 2008, appelée le Quantitative Easing. Cette politique a consisté, en plus de fixer un taux directeur très bas, à acheter la dette émise par L’Etat américain, puis à faciliter le refinancement des banques commerciales par l’achat de titres obligataires qu’elles détenaient. Une telle action visait à soutenir le prix des actifs financiers de type obligataire, entre autres, avec en conséquence des taux d’intérêt très bas.

La crise financière affectant aussi l’Europe, les banques centrales comme la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne ont mis en place la même politique monétaire accommodante afin de soutenir la conjoncture économique et les politiques budgétaires des Etats.

 

Des économies fragilisées et des Etats endettés

En Europe, la crise s’est traduite par le ralentissement des économies. Rapidement, des politiques de soutien aux économies (politiques budgétaires), mais aussi par l’intermédiaire d’aides aux systèmes financiers, ont été mises en œuvre en Europe. Elles ont eu pour conséquence la hausse des déficits budgétaires et une forte progression de l’endettement des Etats. Dans ce contexte de croissance ralentie et de rentrée fiscale en baisse, l’endettement accumulé dans ces conditions est devenu insoutenable. L’endettement des Etats a fragilisé encore davantage les économies des pays de la zone euro.

Ainsi, malgré les mesures prises, la crise financière s’est traduite par un net ralentissement de la croissance des économies occidentales (Etats-Unis et Europe).

 

Un potentiel de croissance faible...

L’économie américaine a aujourd’hui retrouvé la voie de la croissance, mais à un rythme plus faible qu’avant la crise malgré les politiques de soutien. En revanche, l’Europe, la zone euro en particulier, n’est pas parvenue à retrouver un niveau de croissance suffisant. D’autre part, s’est ajouté le risque d’entrer dans un cycle de déflation, lequel se concrétise par une baisse de l’activité économique du fait des anticipations de baisse des prix, du décalage dans le temps des investissements et de la consommation. C’est un cercle vicieux dans lequel la faiblesse de la croissance a eu pour autre effet de fragiliser encore plus les systèmes financiers d’un certain nombre de pays de la zone euro.

… qui oblige à maintenir les taux bas

Dans ces conditions, la Banque centrale européenne (BCE) a continué d’injecter de la liquidité au cours des deux dernières années, tout en poursuivant la baisse de son taux directeur pour atteindre le niveau de 0,0 %. Au début de l’année 2015, la BCE a adopté une politique monétaire comparable au programme américain en procédant à des achats d’obligations des Etats de la zone euro principalement. Récemment, le programme d’achat d’obligations a été étendu à certaines obligations d’entreprises. Cette politique, en maintenant le prix des actifs, a participé à la baisse des taux, dans un contexte de taux déjà bas. Dans le même temps, au niveau mondial, l’économie japonaise qui ne parvient pas, depuis plusieurs décennies, à retrouver la croissance, a également eu recours à une politique d’injection massive de liquidité accompagnée de taux d’intérêt très faible. Cette démarche vise à atteindre le même objectif : éviter la déflation et retrouver une croissance plus forte. Mais elle contribue à l’abondance de liquidité au niveau mondial ainsi qu’au mouvement de baisse des taux.

Une situation qui touche aussi les pays émergents

Enfin, les économies des pays émergents, la Chine en particulier, ont fini par être affectées par le ralentissement de la croissance. En vue de soutenir l’activité économique, la banque centrale chinoise a également adopté une politique monétaire accommodante en améliorant la compétitivité des exportations en particulier. Cela a eu pour conséquence d’alimenter le risque de déflation dans le monde. Ce facteur renforce le mouvement de baisse de taux observé dans les économies occidentales.

Pour conclure, les taux bas actuels sont la conséquence de multiples facteurs à la fois conjoncturels et structurels. Ils résultent d’économies dont la capacité de croissance est affaiblie, dans un contexte de liquidité abondante et de baisse des prix au niveau mondial. En raison des besoins d’assainissement des finances publiques et du vieillissement de la population, la politique monétaire accommodante et de taux bas devrait perdurer encore quelques années en Europe.